Impostures

Publié le par jps

François Bayrou soutient aux prochaines municipales Alain Juppé pour ses "liens familiaux et de jeunesse avec la ville". Argument qui ne saurait tenir car il peut s’appliquer à un soutien accordé à Alain Rousset, représentant l’opposition à Bordeaux, président du Conseil régional d'Aquitaine et nouveau député de la Gironde.

Autre justification de Bayrou : Juppé "un bon maire pour Bordeaux" et Alain Rousset serait-il pas un meilleur Maire ? Juppé, le repris de justice, un bon Maire ? Nous n’avons pas les mêmes valeurs ! Rappelons-le, en juin 1995, Le Canard enchaîné publie un document interne de la Ville de Paris signé de la main d'Alain Juppé, donnant ordre à ses services de diminuer, , à un prix défiant toute concurrence, le loyer de son fils Laurent, logé dans un appartement de 189 m² relevant des discrètes propriétés de la Ville de Paris, rue Jacob où sont réalisés, en plus, des travaux pour plusieurs millions de francs aux frais des contribuables. Une plainte pour "prise illégale d'intérêts " est déposée par l'association des contribuables parisiens créée ad hoc par Arnaud Montebourg. Le procureur général près la Cour d’appel de Paris classe l’affaire au prétexte que les faits sont prescrits. Plus tard la chance ne lui sourit pas autant. Le 1er décembre 2004, Alain Juppé ancien Premier ministre est contraint à démissionner de son mandat de maire de Bordeaux et de président de sa Communauté urbaine car il est condamné à 14 mois de prison avec sursis et à une peine d'un an d'inéligibilité par la cour d'appel de Versailles, qui l'a reconnu coupable de "prise illégale d'intérêt" dans l'affaire des emplois fictifs de la ville de Paris.

Cette position de Bayrou démoralise plus qu'elle ne renforce l'esprit républicain ; elle insulte le civisme plus qu'elle ne le sert. Pratique politique totalement incompatible avec des valeurs éthiques. Il n’est pas étonnant que la France soit seulement classée 18ème pour la probité de son système politique, derrière l’Allemagne, les Etats-Unis, le Royaume Uni ou la Suisse… (étude réalisée par le Cevipof - Centre de recherches politiques de Sciences-Po). Bayrou, disait vouloir "rétablir la morale en politique". Quelle escroquerie intellectuelle !

Je m’étais réjoui de la défaite de Carignon en Isère (pourtant soutenu par sarkozy) et de Mellick dans le Pas de Calais, mais très déçu de l’élection aux législatives de Balkany et Tibéri. Que dire de Santini nommé Secrétaire d'Etat à la fonction publique après une mise en examen au tribunal de Versailles en qualité de maire d'Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine) pour "détournement de fonds publics et prise illégale d'intérêt". Que penser de Christian Vanneste condamné pour homophonie et cependant ayant été soutenu par Fillon. Autre exemple, François Bernardini (en photo) ancienne figure de gauche dans les Bouches du Rhône qui a été condamné, en juin 2001 par la cour d'appel à dix-huit mois de prison avec sursis, 60 000 euros d'amende, cinq ans d'inéligibilité pour abus de confiance au préjudice d'associations paramunicipales istréennes et en novembre 2004 a huit mois avec sursis, 6 000 euros d'amende, pour recel d'abus de biens sociaux, qui se représente (non soutenu par le PS) comme tête de liste aux municipales 2008. Il a l’outrecuidance d’affirmer "je n'ai ni à me cacher, ni à me taire. J'ai étudié les reproches sur mes "affaires". Il n'y a pas eu enrichissement personnel." Pas d’enrichissement personnel ? ? ? alors qu " il avait fait payer par le club de foot d'Istres les 24 600 euros qu'il devait au Trésor public. " Le jugement de la cour d'appel, prononcé en 2001, est sans... appel : "investi d'une mission de service public par mandat électif, a profité de ses fonctions pour faire supporter indirectement à la collectivité publique des dépenses qui n'avaient d'autre but que de favoriser ses intérêts personnels et notamment sa carrière politique". (voir article du 15 decembre 2006 ICI ! )

Ce sont de tristes exemples donnant raison à Mme Eva Joly qui soulignait que "les affaires politico-financières mettent à jour progressivement les nombreuses astuces mises en oeuvre par les dirigeants pour dissimuler des agissements destinés à les enrichir ".

Les "bonnes âmes " diront "ils ont purgé leur peine", sauf que là, il s'agit d'affaires publiques et non privées. D’autres pourraient dire que le droit à l'oubli est une seconde chance mais pour Juppé, bernardini, etc… c’est plutôt une troisième voire quatrième chance. Par ailleurs, il n’existe pas en droit Français, de droit à l’oubli en matière judiciaire (en ce sens Cass. Civ., 20 nov. 1990, JCP, 1992, II, 21908, note J. RAVANAS)

L’exercice de certaines professions nécessite un casier judiciaire vierge, pourquoi pas l'exercice d'un mandat. L’interdiction à vie de se présenter à un scrutin après condamnation, me paraît être le minimum à imposer à notre démocratie. Il est impérieux d'avoir une classe politique propre. L’inéligibilité n’est pas une condamnation car elle s’applique, notamment, à certains fonctionnaires territoriaux et un Maire est considéré comme un agent public car c’est une personne dépositaire de l'autorité publique. Il en résulte que l’inéligibilité à vie appliquée à un élu ne peut être considéré comme une double peine. La règle non bis in idem est respectée. La loi fait aussi obstacle à ce que l'auteur de faits contraires à la probité ayant donné lieu à condamnation pénale soit admis à exercer la profession d'avocat, alors pourquoi pas appliquer cette règle à un Maire qui est également le premier magistrat de la ville avec des compétences d’OPJ (officier de police judiciaire)

Est il normal qu’un élu condamné et emprisonné pour corruption, ou autre délit, puisse un jour se représenter devant le peuple comme si de rien était pour tenter de reconquérir sa gloire perdue ? Il faut moraliser la vie politique. Un élu doit être d'être un modèle d'intégrité et d'honnêteté. Le soutien de Bayrou à Juppé est l'incarnation odieuse de notre laxisme, de notre culture de l'impunité. Bayrou a perdu son âme. C’est une atteinte morale, une incitation à l'incivisme. La République, que nous aimons, a besoin d'être fortifiée. Elle ne mérite pas d'être jetée dans les bras de ceux qui la haïssent. (Arnaud Montebourg mardi 2 juillet 2002 assemblée nationale). L'exemple venant d'un haut, il faut interdire, à vie, l'élection de tous les élus qui ont été condamnés par la justice. Qui aura le courage de présenter une loi sur le sujet ? Un élu ne doit pas nuire à l’image de sa fonction. Elire un élu coupable de malversation, notamment avec des deniers publics est une insupportable clémence collective qui mérite une prospection méticuleuse de ses effets. J'en appelle à la conscience de ces électeurs que je veux croire capables de discernement.

Il est difficile de faire confiance à Bayrou. Au mieux, il ne sait pas ce qu'il veut... Il critique la gauche, il critique la droite. Ses discours et ses actes sont rarement en harmonie Certes, parallèlement, le MoDem soutiendra le candidat PS à Dijon. Ce comportement rappelle l’instabilité de la IVéme république. En fait, cette pratique politique en essuie glaces du Modem est source de confusion pour entretenir le flou afin de cacher qu’en fait le Modem est ce qu'il a toujours été un supplétif de l'UMP. Le soutien de Bayrou à Juppé contraste singulièrement avec le discours d’autonomie et d’indépendance du Modem. Juppé c'est la droite et bien droite (dans ses bottes). Etonnant qu’à Chambéry, le MoDem ait annoncé dans un communiqué de presse la rupture des négociations avec le PS et le soutien dès le premier tour à la liste UMP (conduite par un millioniste...) Alors que la maire PS Bernadette Laclais vient de faire savoir dans la presse que les négociations avec le MoDem devaient s'ouvrir samedi, avec un RDV avec la tête de liste...

Bayrou était parfaitement conscient de faire élire Sarko en conseillant à ses électeurs de voter blanc, à la dernière présidentielle et est-il nécessaire de faire Des rappels historiques  pour replacer ce personnage. Depuis que Bayrou s'est présenté aux présidentielles le chemin du Modem est caillouteux et la destination imprécise. Les convictions de Bayrou s'envolent au gré du vent. C’est un homme peu fiable. La lisibilité du Modem devient difficile. Le MoDem c’est MOduler la DEMande, c’est un mouvement en équilibre instable dont les positionnements ne sont dictés que par le besoin d’exister politiquement. Sans aucun représentant c’est la mort politique assurée. De même Juppé a besoin des voix du Modem pour espérer l’emporter. C’est le deal gagnant-gagnant. Comme le dit Joan Taris, le Modem espère en particulier doubler ses sièges au conseil municipal. Un accord a aussi été passé sur les mairies de la communauté urbaine (CUB), pour lesquelles il devrait obtenir au moins quatre têtes de liste. Et, pour les cantonales, l’UMP a déjà sacrifié trois de ses représentants au profit de son "partenaire" (dont l’un sur la ville de Bordeaux, ce qui n’était pas arrivé depuis soixante ans). "Ce n’est plus une union uniformisante". A la CUB comme au conseil général, "le Modem aura désormais des groupes autonomes". Pour Juppé, dont les municipales engagent la survie politique, il n’y avait pas d’autre choix que d’accepter. Avec 20 % des voix à Bordeaux lors de la présidentielle, Bayrou sait qu’il est "la clé de l’avenir".

Cela étonne qui ???

La fin des abus par l'avènement des vérités n’est pas pour demain.

Publié dans bayrou

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B
Je viens de découvrir votre blog, il est très bien. Quand à Bayrou, je suis d\\\'accord, après avoir adhéré au MoDem en mai, je l\\\'ai quitté après ce congrès fondateur ubuesque ... et je ne suis pas un cas isolé. Et le MoDem ne peut tabler sur les 19% de Bayrou à la présidentielle, si Bayrou et le MoDem s\\\'était évéré sur une ligne indépendante, d\\\'intégrite, de projet propre quitte à ne pas avoir beaucoup d\\\'élus aux prochaines échéances, les 19% auraient peut-être été au RV pour les régionales ... je me dis qu\\\'à Bordeaux, ce n\\\'est pas sur que Juppé soit élu ... il a été battu aux législatives et n\\\'a été élu comme maire qu\\\'avec 25% des inscrits vu le taux d\\\'abstention et le MoDem en faisant alliance avec lui se disrédite auprès d\\\'un électorat "potentiel" dans lequel celui de l\\\'UDF représentait moins d\\\'1/3 ... Bayrou se leurre en croyant que c\\\'est sur sa personne que s\\\'étaient portées les voix c\\\'était sur un projet de faire de la politique autrement. Mais entre les alliances douteuses, le retour sur le cumul des mandats, lui-même brigant la mairie de Pau alors qu\\\'il est député, l\\\'acceptation de la ratification parlementaire du TCE ... sans compter les problèmes internes du MoDem qui s\\\'étalent dans les médias régionaux parce que de petite autocrates et politiciens locaux empêchent toute démocratie et participation des adhérents ... on verra le résultat en mars. Bonne continuation, j\\\'ai pris grand plaisir à lire vos articles ... je reviendrais régulièrement
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C
TH vous dites bayrou a fait le choix en conscience. Belle conscience c'est ecoeurant
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H
Hervé Torchet, ce blog est argumenté, riche, pertinent et particulièrement cet article.Vous ne pouvez en dire autant et vous osez donner des leçons? Faites vous le culte de la personnalité avec Bayrou? Apparemment Vous etes de droite et donc soutenez la franchise médicale et le bouclier fiscal. Heureuse de ne pas vous connaitre car je n'y perd rien.
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J
monsieur apprenez que modérer les commentaires est une obligation au risque de causer des préjudices. Vous me paraissez de pensées bien juvéniles (pour ne pas dire plus et demeurer correct) pour que ceci vous échappe. je cesse ce débât stéril car non seulement vous me reprochez ce que vous faites vous même en la personne de Quitterie que j'ai pu appréciée. Seulement lisez mes posts et vous constaterez que je critique parfois Ségolène. Merci de votre visite.
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H
Je vous rejoins sur un point seulement : je souhaite que les élus condamnés pour corruption ne puissent plus se présenter à des élections. On n'en serait pas là où on se trouve à Bordeaux et Bayrou ne se trouverait pas devant le choix qu'il a eu à faire en conscience.Cela dit, votre égérie Royal, qui n'est pas une mauvaise femme, n'a guère critiqué Emmanuelli. Mellick et je-ne-sais-qui sont du menu fretin, mais ça vaut pour eux.Quant à la ligne politique de Bayrou, je la trouve très claire, contrairement à vous : ce qui compte, comme le dit très justement Quitterie Delmas, c'est le programme, pas l'étiquette.Vous modérez les commentaires, c'est votre droit, mais alors il faut le signaler.
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