Responsables mais pas coupables, et... demain ?

Publié le par jps

L’affaire de la Société Générale, démontre que l’expérience est comme une lanterne qui n’éclaire que le chemin parcouru, comme le dit Confucius, car ni la faillite de la BCCI (Bank of Credit and Commerce International) en 1991, ni les prets accordés avec absences de sérieux et de prudence du Comptoir des entrepreneurs (devenu Entenial et désormais Crédit Foncier), ni le naufrage du Crédit lyonnais, etc… ont rendu les organismes de contrôles efficaces. Certes, il y eut en août 2003 la fusion de la Commission des opérations de bourse (COB), du Conseil des marchés financiers (CMF) et du Conseil de discipline de la gestion financière (CDGF) qui a permis l’émergence de l'Autorité des marchés financiers (AMF) qui a pour missions de réglementer et contrôler l'ensemble des opérations financières portant sur des sociétés cotées, de veiller à la protection de l'épargne investie dans les instruments financiers et tout autre placement donnant lieu à appel public à l'épargne et au bon fonctionnement des marchés d'instruments financiers. Mais ces pertes considérables illustrent leur inefficacité. Qu’en est-il de la responsabilité de Gérard RAMEIX Secrétaire général de l’AMF ?

De même Qu’en est-il de la responsabilité de CHRISTIAN NOYER Gouverneur de la Banque de France ? La commission bancaire, organe collégial présidé par le Gouverneur de la Banque de France, doit veiller, entre autres, à la qualité de la situation financière et au respect des règles de bonne conduite des établissements financiers. Ses organismes sont-ils utiles ?

Et Bercy ? Que fait la Ministre de l’économie ? Christine Lagarde, a estimé le 29 janvier 2008 qu'il serait "approprié" que l'autorité de régulation dans le domaine bancaire et celle dans le domaine des assurances "constituent une seule et même entité". Elle n’a tiré aucune leçon de la fusion qui a donné lieu à la création de l’AMF et qui n’a pas donné de meilleurs résultats, comme démontré précédemment.

La solution ne réside-t-elle pas dans un manque de moyens comme l’a souligné le Sénat ? En Allemagne, le Bundesanstalt für Finanzdienstleistungsaufsicht (BaFin) a été institué le 1er mai 2002 comme régulateur unique des banques, des assurances et des marchés financiers, sur le modèle de la Financial Services Authority (FSA) britannique. Le BaFin est organisé de manière décentralisée et dispose d'effectifs (1.500 agents) quatre fois plus élevés que ceux de l'AMF (laquelle pourrait compter plus de 350 agents en fin d'année 2004). Cette différence de taille ne s'explique pas seulement pas un champ d'activité plus large : la création du BaFin s'est accompagnée d'une augmentation d'un tiers des effectifs par rapport à ceux des autorités (1.100 agents) l'ayant précédé. Il faut nous donner les moyens de nos ambitions, bien entendu sans tomber dans l’inefficacité d’un effectif pléthorique comme le démontre Tom Peters dans le Chaos Management.

Quoi qu’il en soit, il faut que le pouvoir politique cesse de démissionner devant le pouvoir économique car cela conduit à des parachutes dorés, aux subprimes, aux établissements bancaires incontrôlables. Sarkozy a dit pendant sa campagne "Je souhaite qu'on puisse rendre illégale la pratique des golden parachutes" et il répéta le 29 mai dernier au Havre " La pensée unique ne croyait pas à l'interdiction des parachutes dorés. Cette interdiction je l'ai promise et je la mettrai en œuvre ". Il l’avait promis pour l’été 2007 et depuis ? ? ? (il avait promis qu’il ferait ce qu’il dit). Plus menteur que lui?

Comme Ségolène " Je crois maintenant qu'il faut une grande réforme du secteur financier en France et en Europe, imposer une plus grande transparence, moraliser les pratiques des banques. " d’autant que les banques ne se limitent plus à la collecte de l'épargne des ménages sous forme de dépôts afin de prêter ces fonds aux emprunteurs : ménages, entreprises et administrations. Elles spéculent sur l’avenir. Les établissements de crédit sont fortement dépendants les uns des autres. La distinction des banques surliquides et sous liquides ne vaut plus qu’à un instant T et encore ! Ils se prêtent des sommes importantes sur le marché monétaire et entretiennent des liens plus étroits par le biais de participations. Exceptées ces péripéties juridiques peu flatteuses, il est à remarquer qu’aucune autre activité n'a un talent comparable pour privatiser les gains et socialiser les pertes. ( le Crédit lyonnais, renfloué par les contribuables français à grands frais). Ce que j’appelai en d’autres termes, la mutualisation des risques et privatisations des profits. Qui empoche les profits et laisse l'Etat ou les pauvres gens se débrouiller avec les pertes ? Il est urgent d’intervenir car, par ailleurs, " Le supercapitalisme, c’est très bon pour les investisseurs qui maximisent leurs revenus et les consommateurs qui paient de moins en moins cher. Mais c’est néfaste à la production de biens publics, à la sécurité de l’emploi, au niveau des salaires, au climat de la planète... Ce que nous voulons en tant qu’épargnant et acheteur entre en conflit avec ce que nous voulons en tant que salarié et citoyen. " (Robert Reich, économiste et ancien membre du gouvernement Clinton.)

Pour Naomi Klein , il ne faut pas s’attendre à ce que ces affaires provoquent une remise en cause du modèle qui les a rendues possibles, bien au contraire. Nul n’est à même de prédire l’ampleur des difficultés économiques à venir . Cependant Marc Fiorentino, président d’Euroland Finance y tente un essai en présageant que le pire est devant nous pour plusieurs raisons. Suite à l’implosion de la bulle internet (mars 2000), les Américains qui avaient beaucoup investi en bourse, commencent à s’appauvrir ; une croissance américaine déjà fragilisée et un monde financier devenu tout puissant, autiste, et complètement focalisé sur des rémunérations devenues totalement démentielles. Selon lui, une nouvelle bulle se profile à l’horizon, la bulle chinoise dont la croissance est artificiellement soutenue surtout par les importations américaines, et, le ralentissement américain sera préjudiciable aux chinois.

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